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  Quoi dire ?  
   
 

Quoi dire ?

Que faut-il se dire l'un à l'autre pour se sentir vivant, pour se sentir vibrant dans la mouvance d'un échange qui évolue ? Dire ses sentiments et savoir que l'on est compris, on le rêve, on le tente. On utilise des mots et construit des phrases dans l'espoir d'être entendu, reconnu, aimé. C'est probablement parce qu'on en doute qu'on s'applique si peu à dire les choses. Il s'agit pourtant moins de trouver les mots justes que de savoir notre valeur aux yeux de l'autre.

Entrons en communication avec la conscience que nous sommes utiles l'un à l'autre. Dès lors, ayons véritablement l'intention d'être entendu. Exprimons-nous distinctement et pas en marmonnant dans notre barbe, ou la bouche pleine, ou depuis l'autre bout de l'appartement, ou en regardant à l'opposé de celui à qui on s'adresse… Ayons de l'attention pour ce que l'autre nous dit, de l'intérêt pour ce qu'il vit. N'ayons pas peur de lui demander des précisions, des détails ou des compléments pour mieux le comprendre. Il se saura écouté. Enfin, assurons-nous que les mots aient été entendus. Faisons savoir à l'autre que nous l'avons compris. D'accord, ok, très bien. Ou simplement un sourire, mais que ce soit sans équivoque. Faisons tout cela et encourageons l'autre à le faire. Une intention d'être reçu, une attention dirigée vers l'autre et des accusés de réception : la communication verbale ne demande rien de plus que cela, mais le requière absolument. Si vous y arrivez, votre échange sera équilibré et on ne parlera plus pour rien dire, pour fuir ou pour meubler le silence. On se dira l'important et le futile, mais jamais l'inutile. Et enfin on pourra se dire l'amour de mille manières.

La bouche a son pouvoir. Elle dit ou elle se tait, souffle et gémit, crie et rit en puissante énergie lancée alentour. La bouche parle, appelle, transmet. Les sons traversent l'espace comme des flèches, les idées s'échappent comme des objets de densités diverses, des univers qui prennent corps dans le vide de l'avenir, entre les êtres.

Mais dire quoi ? La vérité bien sûr. Oui bien sûr. La vérité est la base de la communication. Dire la vérité, c'est assumer ce qu'on est en faisant preuve de confiance en soi. C'est aussi faire confiance en l'autre, en sa faculté d'entendre et de recevoir ce qui est. Mais dire ce qui est suppose déjà d'y voir clair. La vérité est parfois un peu floue, ce qu'on ressent un peu confus. Et c'est l'honnêteté, avec soi et envers les autres, qui nous amène à développer la lucidité, essentielle pour nous situer dans le rapport à l'autre.

Tout ça c'est bien joli, mais dire la vérité fait souvent peur. Est-ce qu'on va encore m'aimer si je dis vraiment qui je suis ? La question peut paraître effrayante. Et elle est complétée par une autre question qui va nous pousser à affronter nos craintes : est-ce qu'on va vraiment m'aimer si je ne dis pas qui je suis ? Etre ou ne pas être, comme disait l'autre… Placé devant ce choix on peut se sentir mal à l'aise. Parce qu'on ne sait jamais ce qui va plaire et qu'on ne peut jamais avoir la garantie d'être aimé. Flippant, n'est-ce pas ? Mais on peut considérer ceci. Vaut-il mieux être aimé pour ce qu'on n'est pas et se forcer ainsi à vivre en décalage avec soi-même ou être aimé en étant soi, libéré de tout rôle à jouer ? Bien sûr on peut aussi être rejeté. Mais si c'est à cause de notre intégrité alors ce le sera par des personnes qui de toute façon ne nous conviendraient pas. C'est donc une sélection naturelle plutôt positive. Tandis que si on est rejeté parce qu'on a triché, on peut regretter de perdre ceux qui nous auraient peut-être apprécié et soutenu, aimé même, s'ils nous avaient vus sous notre véritable jour. Que de gâchis sont produits chaque jour par nos doutes, nos manques de courage et d'intégrité !

Ne ratez pas l'essentiel. Faites confiance à ce qui vient, à votre être profond et communiquez-le. Lorsqu'une idée émerge, c'est qu'elle est prête à sortir. Et comme nous sommes tous interconnectés, soyez sûrs qu'elle aura un effet sur l'autre. Soyez qui vous êtes aujourd'hui, manifestez-le, dites-le. Dites ce qu'il y a au fond de vous, ce qui est le plus important pour vous, vos désirs et vos rêves, vos peurs, vos peines, vos joies. C'est ça qui rend la relation passionnante parce que c'est ainsi que l'on est utile l'un à l'autre pour grandir en âme et en conscience. C'est ainsi que l'on se plaît, qu'on s'amuse et qu'on fait les fous en complices passionnés.

Notre intégrité fait partie des indices de découverte de l'autre. Etre soi, c'est donner le meilleur de ce qu'on a à son interlocuteur et c'est avec ça qu'il suivra sa réflexion et construira sa vision du monde. Notre intégrité participe à son expérience, à ses observations, à son questionnement. Nos paroles sont des parts de nous-même qui débordent sur l'univers. Elles touchent et pénètrent l'espace de l'autre en produisant un effet. Ceci n'est pas anodin et si nous ne sommes pas responsables de ce que l'autre en fait, nous sommes bel et bien responsables des mots lancés et de l'énergie qu'ils portent. Le simple fait d'utiliser un langage positif va créer un environnement propice à l'évolution, à l'échange et à l'amour. Je vous laisse à l'observation du langage négatif…

Dire la vérité c'est bien, nécessaire, essentiel. Mais il ne faut être esclave d'aucune règle. Aucun dogme, fusse celui de la vérité, ne doit soumettre notre jugement. Car à bien y regarder, la vérité n'est pas une chose si simple. Dans une même situation, on ne dit pas les mêmes choses et pas de la même manière à un enfant, à un adulte ou à un vieillard. De même on adapte son langage envers un homme ou une femme, lorsqu'on parle à son conjoint ou à l'agent de police. La vérité est toujours la même, mais son énoncé change selon les situations et les personnes impliquées. Entre la réalité de la surface et la vérité de nos profondeurs, il y a l'espace de notre vie intérieure. Choisissons toujours les mots qui nous lient et pas ceux qui créent l'isolement. La vérité est un absolu fondamental qui est intime à chacun et que nous ne pouvons communiquer que partiellement. Dans toute relation, il s'agit d'être clair par nos questions, nos réponses et notre attention à l'autre pour que, faute d'avoir accès à toute la vérité, se développe une confiance totale. Parce qu'au-delà de toutes considérations morales, il y a l'amour, caractérisé par la bonté, par le désir du bonheur et de l'épanouissement de l'autre. Et c'est cette bonté qui sera la mesure de ce qu'il y a à dire ou non et du comment le dire. Bonté et confiance pour trouver les mots justes, ceux qui créent l'échange dans lequel tout le monde gagne. Pas de règle donc, en tout cas pas moraliste, mais un désir d'être entier et sincère, une attention portée à l'autre avec un véritable intérêt de savoir qui il est vraiment.

Peut-on valablement être amoureux sans être sincère, je ne crois pas. Mais je crois plutôt qu'en cultivant son intégrité, on augmente peu à peu sa capacité à aimer. Le jeu des amoureux est d'explorer et de magnifier l'union. Deux entités séparées se rejoignent. Utilisant toutes les formes de communications, bien plus pour s'aimer que pour se comprendre. Utilisant leurs mots comme des baisers pour se lier d'amour.

juin 2006