Du divin
Avec une vision plus claire de l'amour, la vie sur cette terre pourrait être très différente. Tous les humains ressentent désirs et attirances, mais beaucoup les refoulent car ils ne savent trop que faire de leurs émotions. Il faut dire que celles-ci entrent souvent en conflit avec les attentes de la société.
Dans les temps anciens, les couples se formaient par accord tacite dans le but de lutter contre un environnement hostile. La simple survie était mise en péril presque quotidiennement et l'on vivait dans la peur. Il nous reste encore aujourd'hui beaucoup de cette peur ancestrale dont est issu notre désir de sécurité. Il est vrai que le monde recèle bien des dangers, même si ceux-ci ne sont plus de l'ordre des éléments naturels. Petit à petit, ce sont nos sociétés qui sont devenues hostiles à l'humain. Le pacte du couple est resté notre meilleure assurance. Nous appelons cela l'amour. Mais cet amour est basé sur la crainte face au monde et sur notre peur de manquer. On aimerait bien avoir la garantie d'être préservé de ces manques, mais on sait bien que c'est impossible. Aussi, prenons-nous des engagements qui nous en donnent l'illusion. La bénédiction divine nous rassure encore plus dans le mariage. Nous scellons des alliances pour nous lier fortement. Mais ces systèmes d'appartenance, bien que confortables sous de nombreux aspects, nous amènent souvent à renier notre essence même. Nous sommes des êtres spirituels, libres et indépendants. Nous sommes en mouvement perpétuel, dans la recherche d'une conscience toujours plus grande qui nous mène à un plaisir toujours plus grand.
Je vous le dis tout net. Toute forme d'appartenance à une personne, à un groupe ou à une idée est une négation de ce que nous sommes vraiment. Chacun de nous est une des innombrables manifestations divine dans l'univers. Dieu n'est pas dans les choses. Il EST les choses et Il est l'espace qui semble les séparer. Dieu est l'unique existence et en dehors de Lui il n'y a rien. Il est nous et nous sommes Lui. Dieu se révèle à lui-même à travers toutes les formes de l'univers qui sont sa propre manifestation. Ainsi, je suis une manifestation divine. Dieu n'est pas en moi, Il EST moi. Lui et moi ne faisons qu'un. Je suis Dieu. Dieu est tout. Je suis tout. Tout est moi. Dieu vit sa vie à travers nous, notre vie est celle de Dieu. Nous sommes Dieu, individuellement et en groupe et nous pouvons dire : voilà ma vie, à travers cette vie, je me rappelle à moi-même. C'est ainsi que nous sommes UN, que ma vie est la vôtre et que la vôtre est la mienne. Je m'appartiens à moi-même et vous êtes moi-même. Donc, je vous appartiens à tous et vous tous m'appartenez, car je suis vous tous. Vraiment, nous sommes UN et nous nous appartenons tous.
Notre compréhension humaine de l'appartenance est basée sur la considération que nous sommes séparés les uns des autres, ce qui est faux. Avec une telle croyance, nous ressentons la solitude qui, bien qu'illusoire, demande à être comblée. Nous tentons alors de trouver la personne la mieux adaptée à qui nous pourrions appartenir. Lorsque nous pensons l'avoir trouvé, nous nous donnons à elle et il nous paraît logique que nous ne pouvons plus appartenir à personne d'autre. Notre amour devient exclusif, focalisé, réduit. L'émotion ressentie est pourtant puissante et merveilleuse, elle nous emporte, nous donnant un avant-goût de la conscience que nous sommes UN par l'union de l' "être deux". Mais nous tuons cette émotion en oubliant où elle était sensée nous mener : à l'unité totale. On n'imagine pas que l'on puisse aimer plusieurs personnes en même temps, que l'on puisse ainsi se partager, que l'on puisse être ici et à la fois ailleurs. Et bien je dis, moi, que c'est ce que nous ne cessons de faire, tout en faisant semblant de ne pas le faire. Dieu aime tout et chacun, Dieu se partage toujours et partout tout en restant un et c'est ce qui lui permet d'être ici et ailleurs, d'être ainsi et autrement. Nous sommes cela. Mais cette incarnation divine que je suis fait semblant de ne pas le faire, car c'est ainsi que j'ai le moyen de me rappeler à moi-même.
L'amour finalement qu'est-ce ? L'amour, c'est le rappel de Dieu à Lui-même. C'est mon propre rappel à moi-même. Avec l'amour, il y a toujours le sentiment d'union et inversement. C'est pourquoi, quand on s'unit à quelqu'un, on finit toujours par l'aimer. C'est ainsi que nous aimons notre conjoint, nos enfants, et plus loin, nos parents, nos amis, notre pays, notre race, mais aussi notre chat, notre chien ou les vaches dans le pré, en s'unissant à eux. Nous étendons parfois notre union et donc notre amour à la nature, aux plantes, au soleil et nous éprouvons un sentiment de réjouissance. Aimer, c'est se rappeler que nous sommes unis, que nous sommes UN. C'est ramener à soi d'autres soi-mêmes, manifestés sous d'autres formes. En oubliant que nous sommes UN, nous nous coupons virtuellement de Dieu, ce qui nous permet d'en prendre conscience par le manque. Cette acrobatie est périlleuse, mais elle ne se fait pas sans filet. L'amour est notre filet de sécurité. Il suscite en nous toujours ce désir d'union et nous ramène ainsi inexorablement à la conscience du UN. En attendant cette conscience, nous sommes là, perdus dans notre état humain dont la fonction même est l'oubli (et le rappel) de notre essence. Nous allons vers le réveil et pour pouvoir nous réveiller, nous devions préalablement nous endormir. Bien sûr, beaucoup d'entre-nous dorment encore à poings fermés, mais nombreux aussi sont ceux qui ouvrent les paupières et reprennent petit à petit conscience de leur être, de l'unité, de mon être. Et je vous annonce des temps proches où le monde verra resurgir une réalité perdue, oubliée depuis longtemps, la seule vérité : tout est UN. Nul ne vit autrement qu'au travers de tout, au travers de moi, au travers de vous. L'amour, c'est la mémoire de Dieu.
Tomber amoureux, c'est percevoir que nous sommes un par la rencontre de quelqu'un qui nous ressemble et qui nous rappelle ainsi à notre propre souvenir. Sans la connaissance de ce phénomène, nous sommes parfois très perturbés par ce que nous appelons l'amour. Il nous semble que c'est quelque chose qui nous tombe dessus, quelque chose d'extérieur qui va nous pousser à faire des choses inattendues, merveilleuses ou regrettables. Partenaires, amants, compagnons d'une nuit ou d'une vie, on se mélange dans les secousses de nos émotions, tantôt béats, tantôt perturbés. Avec l'amour, nous sentons l'appel de l'union à un plus grand nombre, mais nous ne comprenons pas ce qui nous arrive parce que nous croyons à des amours séparés de sorte que nous pensons devoir choisir. C'est ou bien ou bien et un amour doit forcément être meilleur qu'un autre. On jauge, on juge et l'on choisit le meilleur ceci ou la meilleure cela pour finir par décider, sans grande conviction d'ailleurs et à coup d'auto-persuasion, que nous aimerons celui-ci et oublierons celle-là. Cela demande une énergie considérable de diriger ainsi notre amour, car tel n'est pas notre nature. L'amour n'est pas quelque chose d'extérieur. On ne rencontre rien d'extérieur à soi. L'altérité de l'autre n'existe que dans la forme de sa conscience de la vérité. Rencontrer l'autre, c'est se rencontrer soi. Aimer l'autre, c'est s'aimer soi, se rappeler à soi. Aimer tous les autres, c'est se rappeler à tous les sois. Voilà ce qu'est l'amour.
Nous avons créé nos corps pour nous attirer vers l'union. Des corps magnifiques, souples, parfaitement complémentaires, qui s'attirent les uns les autres. Cette attirance est notre seconde sécurité, une sorte de parachute de secours. Si nous ne ressentons pas l'amour, au moins nous ressentons l'attirance qui nous ramène à l'union. Mais le processus de l'oubli, nécessaire à la révélation de soi, implique que nous soyons en désunion, séparés les uns des autres. C'est pourquoi l'attirance et l'amour ont été bridés. C'est cela qui nous pose tant de problèmes.
D'un côté nous sommes naturellement attirés par la ré-union et d'un autre nous fonctionnons selon les schémas de désunion que nous avons astucieusement mis en place pour remplir notre fonction d'amnésique divin. Il ne fallait pas que l'attirance soit trop forte et nous ramène trop vite à l'union, alors nous avons développé la honte et nous avons couvert nos corps avec des étoffes. Il ne fallait pas que l'union soit trop facile, nous l'avons réglementée dans des institutions comme le mariage. Il ne fallait pas que le sexe soit trop enivrant, nous en avons fait un tabou. Toutes ces règles ont été instaurées pour maintenir la croyance que nous sommes séparés, tout en nous suggérant l'union. Il nous a fallu du temps, mais nous avons finalement commencé à libérer l'attirance physique, à accepter et à nous réjouir du mélange des corps. Il reste encore à libérer l'amour pour comprendre enfin que nous sommes UN. Beaucoup de règles anciennes tiennent l'amour dans un carcan et devront être remise en question. Et voici que les temps ont changé et nous avec. Je dis que nous avons suffisamment été séparés, isolés les uns des autres, du moins que nous avons suffisamment éprouvé cette illusion pour que nous ayons conscience de nous-même, le nous-vous-moi-Dieu. Rappelons-nous les uns les autres.
Quant à moi, je veux mêler mon corps, mon esprit et mon âme à l'univers tout entier, que je suis. Et mélanger mon corps à celui des femmes qui me feront m'élever, ces femmes en qui je me reconnais, incarnations multiples d'un seul et même être, d'une seule et même féminité dont je suis éperdument amoureux. Je ferai cela en toute conscience et en toute liberté.
mai 2000 |
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