Un corps à offrir
"Elle s'était levée et avait fait trois pas en arrière comme pour mieux régler le cadrage de la vision offerte. Sans manières s'était déshabillée.
Je crois qu'elle avait attendu la fin du disque, la taisance de cette musique qui berçait nos baisers de canapé pour être seule à remplir le silence. De glissements d'étoffe, de frôlement de peau. Je restais assis, sans geste, sans souffle. Elle se tenait debout, immobile dans le temps arrêté.
Son regard m'enveloppait de tendresse et me parlait d'un désir amusé. Mon Dieu! Le cadeau. J'avais l'impression de voir l'invisible. Qu'en se mettant nue, elle s'était habillée. De désir et de beauté. Non que son corps fût sans défaut, mais qu'il fût parfaitement habité, rempli, vécu en profondeur jusque dans ses moindres cellules. Elle s'aimait, c'était manifeste. Avec fierté peut-être pour ses hanches superbes et tendresse sûrement pour ses seins un peu lourds et son petit ventre moins avantagé. Elle m'offrait sa liberté d'être, sa vérité nue qui faisait son corps rayonner. Le triangle redessiné de sa toison révélait le soin avec lequel elle s'était préparée à la rencontre. Tout comme sa coiffure, savamment défaite, et le lissé de sa peau poncée au gant de crin. Elle s'offrait, parfaite.
Et j'en ressentis une joie intense, une émotion surgie comme vague du fond des âges qui serra ma gorge et mouilla mes yeux de tant de beauté. Elle me montrait la voie, m'emportait déjà en rivages infinis de lumière et de vent. Moi aussi, j'avais préparé mon corps à cette rencontre. J'avais soigné les détails, en grande réjouissance. Et comme en préliminaire solitaire, fantasmé sur ce qui serait peut-être. Taillé mes cheveux, ma barbe, mes poils en broussaille. Nettoyé ma peau, mes dents, mes ongles, mon sexe. Donné de l'amour déjà à ce corps pour qu'il porte à l'autre mon âme, mon profond.
Je me levai, ôtai mes vêtements un à un pour la rejoindre doucement dans la nudité, habit véritable des amoureux. Nous sommes restés ainsi à nous contempler, à nous unir de regards et de sourires, la tête parfois penchante pour mieux apprécier une courbe verticale. Et les bras tendus de désir, nous nous sommes rejoints comme deux aveugles, de tâtonnements avides et de souffles entremêlés."
septembre 2006
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