début
imprimer
 
page source
 
   
   
   
 
  Plus de jeux, moins d'enjeux  
   
 

Plus de jeux, moins d'enjeux

Jeu d'adresse ou de hasard, rêve de millions à la loterie à numéro, certains ont de l'attrait pour les jeux d'équipes et d'autres plutôt pour les défis solitaires. En amour, il peut y avoir tout cela ! Chacun sa manière de jouer, de gagner et de perdre.

Au sortir de l'enfance, l'esprit de jeu se perd avec la croyance en la valeur du sérieux. Le rapport avec les autres développe le désir de compétitivité et les aînés montrent une certaine agressivité à faire leur place. Les défis d'une carrière professionnelle et la constitution d'une famille, font référence en matière de jeux d'adultes. En fait, il s'agit plutôt d'enjeux dans lesquels l'échec est mal vécu.

Si le jeu nous amuse, l'enjeu est plutôt fait pour nous mettre à cran. Jouer pour le plaisir ou jouer pour gagner sont deux attitudes très différentes. Si la première permet de perdre avec détachement, la seconde engendre le sentiment amer de la défaite ou l'orgueil de la victoire. La notion de perdant nous place toujours en dépendance par rapport à l'adversaire ou par rapport à l'objectif à atteindre. Au contraire, savoir perdre avec panache transforme la défaite en expérience enrichissante et formatrice, en nous apportant une victoire sur nous-même.

On peut voir la vie comme un jeu où les ratages, les loupés, les actes manqués et les objectifs non atteints sont autant d'éléments révélateurs et formateurs de notre personnalité. Dans cette optique, les relations amoureuses ne font pas exception et participent grandement à la réalisation de notre être. C'est ainsi que les ruptures, déceptions et autres chagrins d'amour, s'ils sont vécus positivement dans une perspective d'évolution, nous structurent et nous renforcent. Essuyer un échec, dans cet état d'esprit, nous invite à redistribuer les cartes et à entrer sans tarder dans la suite du jeu. C'est une grande liberté que de savoir garder son enthousiasme et son envie de jouer.

Comment entrez-vous en jeu ? Avec désir et excitation pour ce qui va se dérouler ou avec l'inquiétude de l'investisseur crispé ?

Notre culture moraliste met beaucoup de pression sur ce qu'on est censé vivre en matière amoureuse. Une certaine permissivité est certes admise concernant la jeunesse mais avec l'idée forte qu'il faudra un jour rentrer dans le rang. C'est ainsi que les jeunes s'éclatent tant qu'ils peuvent en prétextant une inconscience soi-disant légitime. Mais ils sont bien vite rattrapés par ce que la société attend d'eux.

Le jeu devient enjeu. Et c'est nettement moins drôle. On compense par l'idée d'adopter un comportement adulte et par le sentiment de sécurité ressenti en faisant comme tout le monde. On est normal, reconnu, respecté. Mais la part du jeu qui nous manque, car elle nous manque, sera souvent vécue en cachette et dans la culpabilité. Cette part de désir créatif qu'est notre envie de jouer sera considérée par beaucoup comme une faiblesse enfantine, voir infantile. La moralité l'a inscrite comme tel. Mais ce désir passionné, cet intérêt amusé et fébrile pour ce qui nous attire n'est-il pas la part la plus pure de notre créativité ? Le sérieux n'est pas une preuve de maturité, mais plus souvent de soumission à nos craintes. L'adulte accompli ne serait-il pas celui qui est capable de faire place à toutes parties de lui en conscience ?

Détendons-nous et accordons-nous le droit d'être créatifs, de suivre nos désirs les plus palpitants, ceux qui allument nos regards et donnent l'éclat à nos rires. Ne nous laissons pas éteindre par le monde "raisonnable". Osons les jeux amoureux, ceux qui nous attirent, de la mise en scène au ligotage en passant par l'usage d'objets et autres idées coquines. Osons le plaisir sans tabou et sans culpabilité et profitons de ces jeux d'adultes, enthousiasmés du plaisir de l'autre et emportés d'énergie jubilatoire.

Les relations amoureuses sont une source infinie d'émerveillement et d'amusement, pour peu qu'on y joue pour le plaisir et non pas pour gagner au dépens de l'autre.

juin 2006